Bandeau de tête
carte de situation

Mais toutes les précipitations collectées par cet impluvium aux multiples versants, suivent-elle le même chemin secret ?
Pour tenter d’apporter des éléments de réponse, il faut quantifier les débits que restitue le massif.
Cet empilement de calcaires déversé vers l’Ouest constitue un karst unaire dont le rio Irués collecte toutes les eaux souterraines. Aucun autre exutoire n’est connu pour drainer le volume d’eau important collecté.

Au débouché du ravin de Fornos entre Llerga et Cotiella, le ruisseau d’Irués change brutalement d’orientation en collectant le « rio Garona de los Molinos », semble-t-il dépourvu d’eau de provenance karstique et gonflant progressivement depuis le col de Cullivert. Une passerelle métallique à 5 km de Badain, permet de le traverser. A cet endroit, toute l’eau provenant du massif peut-être quantifiée.
Un énorme rocher servant de pile est choisi pour recevoir la station hydrométrique.
photo des 2 sondes

2011 fut une première étape dans le projet avec l’installation de deux règles limnimétriques d’un mètre, superposées. Les brusque sautes d’humeur de ce ruisseau turbulent nous obligeaient à les fixer solidement. L’installation devait être éprouvée sans dégât par une crue de référence quelques semaines plus tard. Des traces de dépôts aux alentours prouvent une hauteur d’eau de plus de 2 m à cet endroit. Un rocher de 900 kg fut déplacé de 2 mètres. Dans Graners, la mise en charge atteignait 38 mce ! Ces informations visuelles et ponctuelles devaient être renforcées par un système automatique d’enregistrement. relevé de la station

Le limnigraphe de l’Irués est composé de 2 sondes de pression absolue HOBO Data Loggers (Sté ONSET, USA). L’une d’une plage de mesures de 0 à 9 m, en permanence immergée est nommée « eau », l’autre de 0 à 4 m est hors d’eau, nommée « baro » et enregistre la pression atmosphérique et ses variations. Le logiciel d’exploitation permet de rapprocher les 2 chroniques concomitantes à un pas horaire, et de transformer la pression absolue « eau » en hauteur d’eau compensée des variations de la pression atmosphérique depuis un niveau de référence conventionnel.

Depuis un incident en 2012, les 2 sondes sont suspendues dans un tube en inox, solidement ancré au rocher, et hors d’atteinte d’éventuels malfaisants par un bouchon sécurisé.

Les premiers temps d’exploitation de la station ont été désorganisés par des incidents dus à la sécurisation des sondes, puis à leur dysfonctionnement. Leur retour chez le fabriquant aux USA a même été nécessaire, occasionnant de lourdes dépenses.

Néanmoins à ce jour, ce sont trois années entières de valeurs de pression (barométrique et pression absolue d’eau) qui compose la base de donnée limnigraphique.

Comme exemple, limnigramme du río Irués pour l'année 2017

histogramme

Relation hauteur d'eau/débit d'eau, courbe de tarage par une campagne de jaugeages

dilution du sel Bien loin de notre formation, cette technique a été abordée avec beaucoup de volonté et persévérence...Il faut dire que le site est éloigné et d’accès difficile. Une heure de marche sur sentier est nécessaire pour rallier la passerelle depuis les véhicules laissés à Badain.
Parmi les 4 méthodes de débitmétrie applicables, une seule nous était accessible : la méthode physico-chimique par dilution et par injection instantanée. Nos faibles moyens ont permis plusieurs jaugeages au sel à l’aide d’une conductimètre.

On injecte en un point du cours d'eau une masse connue de sel (NaCl) diluée dans un volume d'eau de la rivière. On place une sonde conductimétrique en aval de l'injection, à une distance suffisamment longue pour que le mélange soit bon. La sonde mesure la conductivité électrique de l'eau au cours du passage du nuage de sel. On peut alors tracer la courbe conductivité en fonction du temps. Une relation linéaire existe entre la conductivité de l'eau et sa concentration en sel dissous. On peut donc en déduire la courbe concentration en fonction du temps. Le débit est alors obtenu par intégration de la concentration au cours du temps.
(La Mesure Hydrologique, chapitre 7, Pr André MUZY)
mesure de la conductivité

Mais l’intérêt économique de la méthode était pénalisé par un handicap de taille : le transport et la dissolution du sel… A plusieurs reprises, de vaillants sherpas ont été mobilisés pour assurer le portage des sacs de sel (10 kg/u, certains en ont chargé 2 dans leur sac !). Il fallait ensuite pendant près d’une heure, patiemment, laisser couler un filet d’eau sur le sel retenu dans un filtre au-dessus d’un bidon (lui aussi transporté) afin de le diluer dans l’eau de l’Irués, les mains et pieds dans l’eau à 7°c. Si ces moments restent en mémoire pour une excellente ambiance, la tâche était pénible et harassante.

jaugeage au fluorimètre Cette méthode est applicable avec d’autres éléments dissous, dont la fluorescéine si l’on remplace le conductimètre par un fluorimètre acquisiteur. Les quelques dizaines de grammes du conductimètre se transforment en 10 kg pour le fluorimètre acquisiteur, mais les 50 kg de sel en quelques grammes de fluorescéine !

Grâce à l’amabilité d’André Tarrisse acceptant de nous confier un de ses couteux instruments depuis 2014, les campagnes de jaugeages se sont multipliées et perdurent à cette heure. Même si la courbe actuelle de tarage n’est pas encore absolument fiable, les corrélations dont nous disposons convergent vers celle qui vous est présentée, et qui sera mise à jour au gré des futures expériences.

tableau

15 jaugeages au sel puis à la fluorescéine ont été réalisés à différents régime d'eau.

graphique

En 2016, François Brouquisse détermine la courbe de tarage utilisée actuellement, tant que le lit du río ne sera pas modifié par une crue dévastatrice dont il est coutumier.

Hydrogramme des débits moyens journaliers du río Irués pour l'année 2017

histogramme

On distingue le cycle hydrologique du début de février à fin janvier, avec la crue de fonte conduisant ≈ 60% du volume d’eau annuel puis les orages de fin d’été et d’automne soutenant le débit (peu nombreux pour l’année 2017 en exemple).

Hydrogramme pluriannuel des débits moyens mensuels du río Irués pour les année 2015, 2016, 2017

histogramme

Le río Irués peut résolument se classer dans la catégorie nivo-pluvial (méridional) se caractérisant par « Deux maxima nets, l’un assez prononcé vers avril-mai à la fonte des neiges, et l’autre en automne, vers novembre, plus modéré. Ce second maximum, dépendant des pluies tombées en automne, peut être faible. » (Cours d’hydrologie générale, Prof. André Musy)
On voit bien la contribution des violents orages d’été-automne. Pour l’année 2015, l’orage des 30 et 31 juillet a été enregistré au pluviomètre d’Armeña avec un cumul de 75 mm sur 26 heures. Cet épisode concomitant de l’opération de multitraçage depuis les A8 et B112 avait détérioré un des fluorimètre en place et fortement dilué les traceurs injectés.

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